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Quand on pénètre dans l’église de l’Arbresle on est ébloui par les couleurs somptueuses de la verrière centrale du chœur sur laquelle André d’Espinay, dans sa tenue de cardinal, est représenté agenouillé, sous la protection de la vierge portant l’enfant Jésus entourée de Jean Baptiste et André, les saints patrons des deux diocèses dont il fut archevêque.

Le prélat avait offert ce vitrail à la cité qui l’avait accueilli pendant une période assez longue alors qu’il attendait que les chanoines de l’Eglise de Lyon veuillent bien le reconnaître comme leur supérieur. Avec l’aide de Benoît Mailliard, grand-prieur de l’abbaye de Savigny, qui  dans sa chronique nous relate les principaux épisodes de l’élection de André d’Espinay.

Grâce aux notes explicatives de Georges Guigue (traducteur de ladite « Chronique »),  nous sommes allés à la découverte de ce bienfaiteur  de notre ville.

Origine familiale

 André d’Espinay était né vers 1451 à Champeaux près de Vitré en Bretagne. Son père, Richard, avait été chambellan du duc François 1er, et sa mère, Béatrix de Montauban était la nièce de Louis d’Orléans qui avait été assassiné par les hommes du duc de Bourgogne,  Jean-Sans-Peur en 1407.

Richard et Béatrix eurent de nombreux enfants qui pour la plupart entrèrent en religion. Plusieurs fils furent évêques et une fille fut abbesse à  Saint-Georges de Rennes de 1486 à 1520.

 Débuts d’une « carrière » religieuse

 Entré chez les Bénédictins, le futur cardinal devint prieur de l’abbaye cluni-sienne de Saint-Martin des Champs à Paris.

En 1476, il fut candidat à l’archevêché d’Arles, mais il ne fut pas élu et en compensation on lui remit le titre de protonotaire apostolique et un canonicat à la cathédrale de Bordeaux où son oncle Arthus de Montauban, relation de Louis XI, était archevêque. En 1478, Arthus étant mort, il se présenta à sa succession et fut élu.

 Au service du pouvoir royal

 Confirmé par le pape Sixte IV le 28 avril 1479, il fit son entrée dans sa ville seulement  le 25 mars 1482. Soutenant la politique de Louis XI il encouragea la population d’Aquitaine, rattachée depuis peu à la Couronne de France  à s’adapter à sa nouvelle situation 1.

En 1483 il devint abbé commendataire de l’abbaye de Saint–Wandrille et il gardera ce titre jusqu’à sa mort.

Lorsque Anne de Beaujeu devint régente après la mort de Louis XI, André d’Espinay demeura à son service et défendit ses intérêts et ceux de son frère, le jeune Charles VIII, contre le duc d’Orléans pendant la réunion des Etats Généraux qui se tint à Tours de janvier à avril 1484. Favorable au rattachement de la Bretagne à la France, il aida Anne et son jeune frère dans leur entreprise pour annexer ce duché. 2

Il fut l’un des représentants du roi aux pourparlers qui aboutirent à la paix du Verger après la victoire royale de Saint-Aubin du Cormier, terme de la « Guerre Folle ».

Puis en avril  1488,  Jean II de Bourbon mourut sans héritier. Son frère Charles, archevêque de Lyon revendiqua le duché ; mais Anne de Beaujeu, épouse de Pierre de Bourbon, frère cadet de Charles, qui désirait obtenir cet héritage pour son époux (et pour elle ), envoya « André d’Espinay son homme de confiance ainsi que Jean de Mas seigneur de L’Isle » auprès de son beau-frère, malade, afin qu’il renonçât à ses droits. Le cardinal accepta, mais en dédommage-ment il demanda de garder le Beaujolais, ce qui lui fut accordé. Anne et Pierre n’eurent pas longtemps à attendre pour récupérer cette terre car le cardinal mourut le 13 septembre de la même année.

 « Election » à l’archevêché de Lyon : début d’un long conflit

 Mais écoutons Benoît Mailliard : « L’An du Seigneur 1488, mourut révérend père en Dieu, Monseigneur Charles de Bourbon, cardinal, archevêque de Lyon. A sa mort messeigneurs, le doyen et les chanoines de l’Eglise de Lyon élirent comme archevêque monseigneur Hugues de Talaru, archidiacre de l’Eglise de Lyon, mais Monseigneur d’Epinac  (Espinay) cardinal, obtint cet archevêché du pape Sixte. »

Benoît Mailliard, à cet endroit a fait une petite erreur car le pape n’était plus Sixte IV, mais son successeur Innocent VIII, et André d’Espinay n’était  pas encore cardinal.

Mais les choses ne se passèrent pas si facilement, comme nous allons le voir. Hugues de Talaru, issu d’une famille qui avait fourni   plusieurs archevêques  au diocèse, avait été élu  par les chanoines le 16 septembre 1488 c’est-à-dire trois jours seulement après le décès de Charles de Bourbon.

Le 18 septembre le pape adressa un bref au chapitre de Lyon lui défendant, sous peine d’excommunication d’élire un archevêque pour succéder à l’ancien cardinal, et annulant toute élection si elle était déjà faite. Ce bref ne parvint à destination que le 25 et ce jour là, Antoine de Chalon, évêque d’Autun, prit pos-session de la régale de l’archevêché. 

Entre-temps, le 23 septembre, après réception de lettres royales conférant l’archevêché à André d’Espinay les chanoines répondirent au roi, au duc Pierre de Bourbon et à la duchesse Anne qu’ils ne pouvaient revenir sur leur vote en faveur d’Hugues de Talaru. Ainsi les chanoines résistaient à la pression exercée par le pape et la famille royale.

 Cardinal, prince de l’Eglise

 Pour adoucir cet échec Charles VIII demanda, pour l’archevêque de Bordeaux, le chapeau de Cardinal et le 9 mars 1489 Innocent VIII créa cinq cardinaux dont deux étaient français : André d’Espinay et Pierre d’Aubusson, grand maître de l’ordre des Hospitaliers de Rhodes.

Le prélat, de retour de Rome où il était allé chercher les insignes de sa dignité, devint membre du conseil royal et fut établi commendataire de l’abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux, honneur qu’il résigna le 16 août 1499, lui préférant la mense de Saint-Corneille et Saint-Cyprien de Compiègne !

Le 8 février 1492 le cardinal couronna,  Anne de Bretagne, la jeune  épouse de Charles VIII.

Le sceau du cardinal d'Espinay
le tombeau disparu du cardial

Après la mort du pape Innocent VIII, Alexandre VI Borgia, son successeur, choisit l’archevêque de Bordeaux comme légat auprès du roi de France.

 Nouvel épisode dans l’élection à l’archevêché de Lyon

Le 2 mai 1493 les Consuls de Lyon reçurent du roi, l’ordre formel d’exécuter  la sentence du pape qui déclarait que Hugues de Talaru n’avait aucun droit sur le siège épiscopal. Et nous retrouvons notre chroniqueur « Monseigneur le cardinal fut mis, à main armée, en possession réelle dudit archevêché, le samedi 4 mai de l’An du Seigneur 1493, par Monseigneur l’évêque d’Asti et Claude de Ribaudange, chevalier, ses commissaires et procureurs. Monseigneur Antoine de Chalon, évêque d’Autun, qui avait la régale de l’archevêché dans la ville, était alors à Lyon. Ledit évêque, avec certains chanoines et un grand nombre d’arbalétriers, se réfugia dans la maison archiépiscopale et en ferma les portes. Il voulait résister aux forces et aux commissaires du roi, mais les commissaires avec les citoyens et habitants de Lyon l’emportèrent et brisèrent les portes. Là fut tué un laboureur et deux autres de Lentilly furent pris. Il y eut grand tumulte et échanges d’injures de part et d’autre. »

Benoît Mailliard ne reparle pas de cet événement dans la suite de sa chronique ; mais les chanoines ne cédè-rent pas.

En mars  1494 Charles VIII vint à Lyon accompagné de la cour pour préparer  sa conquête du royaume de Naples. Il fut logé au palais de l’archevêché. Nous ignorons où se trouvait André d’Espinay à cette époque, mais par contre lorsque le roi, revenant de son expédition, fit face à la ligue formée par Venise et ses alliés à la bataille de Fornoue, le 6 juillet 1495, le cardinal «  couvert de son surplis, coiffé de sa mitre  et la croix à la main, resta aux côtés du roi sans éprouver le moindre accident, condamnant dans toute la sincérité de son cœur la conduite des ecclésiastiques qui ce jour là, ceints d’une épée et couverts d’une cuirasse avaient porté les armes contre les ennemis »

Après la mort de Charles VIII, le 7 avril 1498, Hugues de Talaru alla rendre hommage au nouveau roi Louis XII, en tant qu’archevêque, le 6 mai de cette même année.

 Archevêque de Lyon …Enfin !

 Le conflit lyonnais prit fin le 23 décembre 1499 par la résignation d’Hugues de Talaru ; les chanoines avaient résisté jusqu’au bout3 !

Pour André d’Espinay l’attente avait duré plus de dix ans  ; et il s’en fallut de quelques mois pour qu’elle fût vaine car le nouvel archevêque mourut à Paris le 10 novembre 1500 au château des Tournelles. Il fut inhumé prés de la chapelle des Orléans au couvent des Célestins dans cette ville ; en 1790, on voyait encore son épitaphe et ses armes ainsi que son chapeau de cardinal attaché à la voûte de l’église.

 Bâtisseur de la Renaissance

 La guerre de Cent Ans terminée, la prospérité revenant, laïcs et ecclésias-tiques entreprirent la reconstruction du pays meurtri, c’était la Renaissance.

Bordeaux et Lyon ,encouragées par Louis XI, comptaient parmi les villes les plus représentatives de cette période4 ; et le cardinal, comme son prédécesseur Charles de Bourbon, participa à ce mouvement.

A Bordeaux il fit construire le grand escalier du Palais archiépiscopal  (dont il ne reste plus rien, malheureusement ) et il consacra l’église de Saint-Eloi en 1497.

A Paris dans le cloître du prieuré de Saint-Martin des Champs ( actuel musée des Arts et Métiers ) il fit exécuter des travaux  de lambrissage et de pavage en 1498.

Mais c’est à l’église de l’Arbresle qu’il réserva la partie la plus  représentative et la plus durable de son œuvre en faisant figurer son image sur la baie centrale du chœur. C’est le portrait d’un prélat  à genoux, mais dont l’humilité est démentie par le cadre imposant et les couleurs somptueuses de la verrière.

On pense que ce vitrail serait l’œuvre de Pierre de Paix, ou de Jean Prévost, maître verrier de la cathédrale de Lyon. Il semble que l’artiste se soit inspiré du sceau du cardinal où l’on retrouve les deux saints protecteurs des cathédrales de Lyon et de Bordeaux.

Aujourd’hui on peut penser que les trois baies qui éclairent le chœur de l’église Saint-Jean-Baptiste ont une valeur historique non négligeable. On doit reconnaître que si François d’Albon (verrière de gauche), alors abbé de Savigny joua un rôle important dans le renouveau de son monastère, Philippe de Crèvecoeur (verrière de droite ) et André d’Epinay  évoluèrent à un échelon national. Le Maréchal d’Esquerdes « besoigna » en tant que chef militaire et en tant que diplomate au rattachement de la Bourgogne à la couronne de France 5, et le cardinal archevêque oeuvra pour l’annexion de la Bretagne, même si de nombreuses années furent nécessaires à la complète réalisation de cet objectif. Tous les deux avaient compris la politique de Louis XI et de sa fille Anne de Beaujeu, qui souhaitaient construire une France forte et unie.

Leur destin a voulu que ces deux personnages se retrouvent à l’Arbresle, l’un pour y mourir, l’autre dans l’attente d’un honneur que les chanoines de Lyon lui refusaient ; les vitraux ont immortalisé le souvenir de leur présence dans notre cité.  

  

Monique Roussat

1 la Guyenne avait été rendue à la France en 1453 .
2 Avec le sire du Bouchage il porta un message d’Anne de Beaujeu  aux barons bretons qui s’étaient rebellés contre leur duc ; la régente leur  offrait une armée pour venir en aide à l’armée royale qui  allait pénétrer dans le duché afin de faire sortir  le duc d’Orléans, le comte de Dunois, le comte de Comminges et le prince d’Orange alliés de François II contre elle. Plus tard André d’Epinay dénoncerait à la sœur du roi le mariage de Anne de Bretagne avec Maximilien d’Autriche qui allait placer le royaume de France dans une situation très dangereuse.
3 Hugues de Talaru succéda à André d’Espinay comme abbé de Saint-Corneille de Compiègne en 1500 ; il mourut en 1517
4 Louis XI avait créé une quatrième foire à Lyon ; elles furent supprimées en 1484, puis rétablies en 1494, le roi ayant bien besoin de l’aide financière  des Lyonnais pour entreprendre son expédition à Naples.
5 Se reporter au n° 9 d’Arborosa 

 

Bibliographie :

            Chronique de Benoît Mailliard : traduction et notes de Georges Guigue (1883)
            Dictionnaire de biographie universelle
            Dictionnaire de biographie française
            Anne de Bretagne par Georges Minois
            Anne de Beaujeu par Jean Charles Varennes
            Histoire de Lyon par A. Steyert
            Les vitraux du chœur de l’église de l’Arbresle   par M. Méras dans les actes des journées d’études de 1996 : L’Arbresle et sa région.
            Anne de Beaujeu et ses énigmes, actes du colloque national du 28 mai 1983 ; académie de Villefranche en Beaujolais
            Notes pour servir à l’histoire de l’église de Lyon  (1910) J. Beyssac